Banques & Assurances au service de l’économie réelle ?
© Drobot Dean

Banques & Assurances au service de l’économie réelle ?

 

> Pour une épargne mieux orientée vers la croissance des entreprises

> L’évolution du modèle bancaire en mode digital

> Expérience client et nouveaux services

> La carte bancaire à code crypto dynamique

 

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POUR UNE EPARGNE MIEUX ORIENTEE VERS LA CROISSANCE DES ENTREPRISES

L’entrepreneuriat en France reprend des couleurs avec 591.000 sociétés créées en 2017 (y compris les micro-entreprises), soit 7% de plus qu’en 2016 et le plus haut niveau depuis 2010. Une embellie qui butte sur un paradoxe : « La France crée beaucoup d’entreprises, mais elles ont du mal à atteindre une taille critique. » rappelle Guy Lalanne, de la direction générale du Trésor.

Une analyse confirmée par le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire : « Notre appareil productif est composé pour une large base de petites ou très petites entreprises, mais il manque d’entreprises de taille moyenne. Elles n’ont pas la taille critique pour s’internationaliser et exporter davantage ».

LA LOI PACTE POUR FAIRE GRANDIR LES ENTREPRISES

Améliorer les performances des TPE-PME et mieux associer les salariés aux résultats des entreprises constituent les deux axes principaux de la prochaine loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) qui sera présentée le 2 mai 2018. Plusieurs thématiques y seront abordées et certaines pistes ont déjà été explorées :

1) Création & facilitation des transmissions

La reprise d’une entreprise par les salariés serait simplifiée en rendant plus attractifs les dispositifs actuels : abattement sur les droits de mutation, crédit d’impôt lors d’une reprise par une holding…. Les successions-transmissions des entreprises familiales seraient également facilitées et fiscalement allégées.

2) Simplification & assouplissement

L’intégralité des démarches des entreprises serait dématérialisée à l’horizon 2022. Les contraintes administratives liées à des seuils fiscaux et sociaux pour les entreprises de 20 ou de 50 salariés seraient déverrouillées et adaptées.

3) Amélioration de la compétitivité à l’international

L’effort porterait sur une baisse des coûts de production via une baisse des cotisations sociales et fiscales, mais aussi sur des modules de formation délivrés par les CCI ou les écoles de Commerce pour aider les dirigeants de TPE-PME à mieux exporter.

4) Soutien à l’innovation & à la numérisation

Une enveloppe, en partie financée par des cessions d’actifs et de privatisations comme la Française des Jeux ou le groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), permettrait de créer un fonds de 10 milliards d’€ en capital. Selon La Tribune, seuls les dividendes de ces actifs seront disponibles, soit de l’ordre de 200 à 300 millions d’euros par an pour encourager l’innovation de rupture.

En outre, les échanges entre le milieu de la recherche et celui de l’entreprise seraient favorisés. Pour exemple, le PACTE proposerait de simplifier « l’implication des chercheurs dans une activité économique liée à leurs travaux de recherche ».

5) Elargissement des formules d’intéressement aux salariés

Les dispositifs d’intéressement et de participation seront simplifiés. Les petites entreprises seraient les premières concernées par cette ouverture au « partage de la valeur ajoutée » en faveur des salariés. L’objectif étant de mieux les associer à la marche de leur entreprise.

6) Meilleure orientation de l’épargne des Français

Le constat est partagé par la plupart des économistes : « L’allocation de l’épargne française ne contribue pas suffisamment au financement des entreprises. Notre système fiscal en matière d’épargne encourage l’épargne sans risque et à court terme ».

De fait, un récent rapport remis au gouvernement indique que 11% seulement de l’épargne des ménages sont alloués au financement des fonds propres des entreprises. Le reste est placé pour un tiers en assurance-vie, un tiers en livrets d’épargne et le dernier tiers se répartit entre la détention d’actions cotées et l’investissement en immobilier locatif.

L’assurance-vie en première ligne

Dans les colonnes de La Tribune, les rapporteurs du dossier pointe le fait que les produits d’assurance-vie « liquides à tout moment, avec une garantie en capital, grèvent la capacité des assureurs à investir dans des actifs longs et risqués ». Le projet consisterait donc à permettre aux assureurs de proposer des contrats comportant une garantie en capital au terme de huit ans ou plus. Ce qui permettrait d’orienter davantage l’assurance-vie vers le financement de l’économie réelle.

 

COMMENT CONVAINCRE LES ÉPARGNANTS D’INVESTIR DANS L’ÉCONOMIE RÉELLE POUR FINANCER LE TISSU PRODUCTIF ?

Les données sont connues : fin 2016, sur les 4.765 milliards d’€ d’épargne financière détenus par les Français, seuls 20% le sont en actions ou en fonds d’investissement dédiés aux entreprises. Conclusion : l’épargne des Français se concentre prioritairement sur des produits plutôt liquides, peu risqués et peu rémunérateurs qui ne permettent pas aux épargnants de faire fructifier au mieux leurs économies sur le long terme… et surtout qui ne contribuent pas au financement en fonds propres des entreprises.

Influer sur la fiscalité de l’épargne : les 3 options possibles

La fiscalité de l’épargne est un levier majeur pour mobiliser l’investissement des ménages en faveur des entreprises et notamment des entreprises innovantes. Selon Vincent Aussilloux et Christophe Gouardo de France Stratégie, trois options sont sur la table :

1) Une réforme globale de la fiscalité de l’épargne

Aujourd’hui en France, les dispositifs fiscaux orientent très largement les flux d’épargne vers des placements peu risqués comme l’immobilier, l’assurance-vie principalement investie en titres de dette publique (fonds en euros), ou les livrets d’épargne réglementés. Soit des flux peu favorables au financement d’investissements de long terme. La réponse la plus logique serait donc de modifier l’ensemble des règles fiscales pour « faire en sorte que les placements les plus risqués, notamment vers les entreprises et le capital-risque, aient en moyenne un rendement après impôt plus élevé que les placements moins risqués ». Il s’agirait concrètement de rehausser la fiscalité sur certains produits peu risqués, et d’abaisser la fiscalité sur les plus risqués. Soit une réforme profonde, difficile à mettre en place de façon rapide et radicale.

2) Une refonte de certaines niches fiscales mieux ciblées sur le capital-risque

Il existe aujourd’hui des supports d’épargne et d’investissement à fiscalité dérogatoire permettant le financement en fonds propres des jeunes entreprises innovantes. Exemples : les FCPI (Fond Commun de Placement dans l’Innovation) ou les FIP (Fonds d’Investissement de Proximité) qui permettent à leurs souscripteurs de bénéficier d’une réduction d’impôt sur leur revenu à hauteur de 18% des montants investis (plafonnée à 4.320€ pour un couple, ce qui correspond à un investissement de 24.000€). D’autres dispositifs tels que l’IR-PME ou l’ISF-PME permettent de déduire respectivement 18.000€ ou 45.000€.

C’est bien peu en comparaison de la Grande- Bretagne où « la réduction d’impôt peut atteindre plus de 350.000€ dans le cadre du « Enterprise Investment Scheme ».

3) Une modification à la marge des produits d’épargne traditionnels

Les produits d’épargne actuels bénéficient d’une notoriété et de circuits de commercialisation reconnus, difficiles à déstabiliser. Sans remettre fondamentalement en cause leurs avantages fiscaux, des aménagements pourraient être apportés comme :

• Le renforcement de l’avantage fiscal associé aux contrats d’assurance-vie investis en partie en capital-risque ;

• L’élargissement des actifs éligibles aux unités de compte pour y inclure, par exemple, les fonds institutionnels de capital-risque (FPCI) ;

• L’intégration des participations prises sur des plateformes de crowdfunding dans des produits d’épargne comme le PEA-PME ou l’assurance-vie.

Selon l’Association française des investisseurs pour la croissance (Afic), l’investissement dans les entreprises rapporte sur une décennie en moyenne 8,7% par an, soit plus que le livret A, les fonds en euros (1,5%), le CAC 40 (3%) ou l’immobilier (5,2%).

 

LE DÉVELOPPEMENT DU CAPITAL-RISQUE EN FAVEUR DES STARTUPS

Porteur de nouveaux modèles économiques non rentables en début d’activités et dont la viabilité est difficile à évaluer, le profil des startups est aujourd’hui incompatible avec les critères du crédit bancaire classique. Leur financement requière une prise de risque plus élevée de la part des investisseurs et fait appel à une chaîne de financement, désignée sous le terme de « capital risque », qui fait intervenir différents types d’acteurs dont les fonds d’investissement publics et privés spécialisés ou les business angel.

L’écosystème du capital-risque en France reste en deçà de son potentiel

Selon le site strategie.gouv.fr, en 2015, les montants de capital-risque atteignaient 65 milliards d’€ aux États-Unis, 44 Md€ en Chine, 4,3 Md€ au Royaume-Uni, 2,9 Md€ en Allemagne et seulement 1,7 Md€ en France. Rapporté au PIB, le poids du capital-risque en France est quatre fois inférieur à celui des États-Unis et de la Chine, et deux fois inférieur à celui du Royaume-Uni et de la Suède. Or, non seulement la disponibilité de fonds en capital-risque permet de financer les projets portés par des nationaux, mais elle est également un puissant facteur d’attractivité pour les porteurs de projet étrangers. Selon le baromètre Compass, 22% des salariés de l’écosystème parisien des startups sont étrangers, contre 53% à Londres, 49% à Berlin et 45% dans la Silicon Valley. Trop souvent, de nombreux jeunes créateurs français préfèrent encore développer leur startup aux Etats-Unis pour bénéficier de son écosystème financier.

L’objectif de la France serait donc de quadrupler la taille de son écosystème en trouvant 6 milliards d’€ supplémentaires par an. Il suffirait pour cela de faire basculer vers le capital-risque une petite partie des montants investis en livrets d’épargne réglementée (plus de 590 Milliards d’€) ou en assurance-vie (plus de 1.370 Milliards d’€).

La BPI, plutôt que des fonds de pension

En France, pour soutenir l’investissement en entreprise, la réponse a largement consisté à développer le financement du capital-risque par des fonds publics, notamment à travers Bpifrance qui co-investit avec les investisseurs privés.

L’option BPI se substitue bien à l’absence de fonds de pension ou de fondations universitaires dans le sens où l’horizon temporelle de ces investisseurs est plus lointain que celui des autres acteurs institutionnels : banques, assurances, fonds généralistes… et que leur capacité à prendre des risques est plus élevée. Le problème, c’est que ces fonds spécialisés sont, en France, de taille limitée : les plus grands fonds français sont dix fois plus petits que les plus grands fonds américains. Or, selon France Stratégie « Cette fragmentation pose problème pour les levées de fonds les plus importantes, au-delà de la phase d’amorçage, qui sont indispensables pour accompagner la croissance des startups à succès et les garder sur le territoire ».

 

VERS UN DÉVELOPPEMENT DES PRÊTS INTERENTREPRISES

Depuis le 25 avril 2016, la loi pour « la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », dite Loi Macron, prévoit la possibilité pour les entreprises d’être créancières ou débitrices les unes des autres.

Qui peut prêter ?

Les sociétés par actions ou les sociétés à responsabilité limitée dont les comptes font l’objet d’une certification par un commissaire aux comptes.

Qui peut emprunter ?

Les microentreprises, les petites et moyennes entreprises ainsi que les ETI.

A quelles conditions ?

Les prêts ne doivent pas excéder une durée de deux ans. Les entreprises prêteuses ne peuvent effectuer de prêt qu’à titre accessoire de leur activité principale.

Elles doivent par ailleurs pouvoir attester d’un « lien économique » justifiant le crédit. Exemples :

• Les deux entreprises appartiennent à un même groupement d’intérêt économique ;

• Les deux entreprises font partie d’un même groupement attributaire d’un marché public ou d’un contrat privé ;

• L’entreprise emprunteuse est un sous-traitant direct ou indirect de l’entreprise prêteuse ;

• L’entreprise prêteuse est cliente de l’entreprise emprunteuse ou d’un membre de son groupe.

 

L’ÉVOLUTION DU MODÈLE BANCAIRE EN MODE DIGITAL

Comme d’autres industries, les banques et les assurances ont vu leur business model et process fortement impactés par l’arrivée du web. Longtemps protégées par la réglementation, elles sont aujourd’hui « à découvert » face à la déferlante web.

Les 4 défis majeurs

Parmi les challenges auxquels les banques et les assurances sont confrontées, on peut citer :

1) L’évolution des clients, plus connectés que jamais pour effectuer leurs opérations au quotidien. Du coup, quelle est la place du conseiller, son rôle, ses opportunités pour approcher ses clients ?

2) Un meilleur accès à l’information et une plus grande culture financière des clients. Selon un sondage du cabinet Deloitte, 32% des Français considèrent en savoir davantage que leur conseiller en matière de gestion de budget.

3) L’arrivée de nouveaux entrants qui ont disrupté les rythmes et les rituels des établissements traditionnels, via des tarifs attractifs et des plages horaires accrues. Régulièrement, ces banques en ligne élargissent leurs gammes de produits (épargne, crédit immobilier, prévoyance…) pour fidéliser leur cible prioritaire : les jeunes actifs plutôt aisés et technophiles. 10% des Français seraient aujourd’hui clients d’une banque virtuelle.

4) L’émergence des Fintech (ou Néobanques)

Sans agence et 100% digitales via un smartphone, ces néo-banques proposent en BtoC un compte et une carte de paiement à bas coûts, ainsi que des outils de gestion de patrimoine.

Des Fintech BtoB proposent des services financiers comme le transfert de devises en ligne ou l’affacturage dématérialisé. D’autres Fintech, à l’image des plateformes de financement participatif, mettent en relation des porteurs de projets ou des PME avec des investisseurs (crowdfunding, crowdlending ou crowdequity). Sans oublier les Insurtech qui recouvrent les assurances santé 100% digitales ou les assurances collaboratives.

Toutes ces néo-banques : N26, Revolut, Orange Bank, C-Zam du groupe Carrefour, Anytime, Atom Bank, Morning d’E.Leclerc ou Oney du groupe Auchan…, plus innovantes et agiles que jamais, sont bien décidées à tirer parti du marché florissant du « tout mobile ». D’autant plus qu’elles profitent de la défiance envers le système bancaire générée par la crise financière de 2008, ainsi que de l’assouplissement de la réglementation européenne sur les services bancaires de paiement.

A l’instar d’Orange, SFR vient d’annoncer la création de sa banque mobile pour 2018 et Free a déposé le nom de FreeBank avec sans doute la volonté de se lancer.

Certes, entre rachat et participation, beaucoup de ces néo-banques rentrent dans le giron d’acteurs traditionnels qui, outre le fait de réduire la concurrence, profite d’une expérience de la technologie disruptive. Pour exemple, Compte Nickel a été racheté par BNP, Fidor par BPCE tandis que Crédit Mutuel a investi dans Younited Credit et Leetchi.

Initialement destinées à une clientèle « fragile », ces néo-banques séduisent en priorité les ménages modestes, les adolescents et les moins de 25 ans. Qu’en sera-t-il demain alors que, progressivement, ces néo-banques grignotent déjà des parts de marché dans les domaines de l’épargne, du crédit, de l’affacturage ou de la gestion de devises ?

Des conséquences sur l’emploi

Parmi les effets préjudiciables du digital pour les banques traditionnelles, on notera surtout la diminution du trafic en agence : -30% sur les deux dernières années. Aujourd’hui, moins de 20% des clients se rendent dans leurs agences.

Conséquences :

• 20% des 38.000 agences bancaires en France ne seraient plus rentables ;

• 1.200 agences ont fermé entre 2008 et 2016 et presque autant sur la seule année 2017.

 

BANQUE EN LIGNE ET FINTECH (NEO-BANQUE), QUELLES DIFFÉRENCES ?

Si les banques en ligne comme les néo-banques n’ont généralement pas de points de vente physiques, des différences de nature existent entre les deux concepts.

Les banques en ligne sont de « vraies » banques, systématiquement reliées à une banque de réseau : BforBank est une filiale du Crédit agricole, Hello bank dépend de BNP Paribas, Boursorama Banque est rattachée à Société Générale…. Elles peuvent donc s’appuyer sur une infrastructure solide pour proposer une qualité de service égale à celle des banques traditionnelles. Si une partie des opérations bancaires est possible via un smartphone, le moyen d’interaction privilégié avec ces banques en ligne reste l’ordinateur.

Les néo-banques sont des établissements de paiement, partis de rien, qui ont obtenu une licence bancaire. Avec un mode de fonctionnement proche des startups, elles entrent dans la catégorie des Fintechs (contraction des mots finance & technologie).

Les néo-banques sont des banques digitales dont les produits et les offres ne sont accessibles que sur smartphone via une application mobile (mobile-banking). L’idée étant de procurer une solution nomade, ergonomique et intuitive. Leurs services s’articulent autour d’une simple carte de crédit avec des tarifs moins élevés que ceux des banques traditionnelles.

Les GAFA en embuscade

Même si le modèle économique des banques en ligne et des Fintechs n’a pas encore fait totalement ses preuves, la dynamique semble engagée. En investissant dans les moyens de paiement, les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) se sont récemment invités dans la partie, et il est peu probable qu’ils s’arrêtent en si bon chemin. La maitrise des datas leur permettrait d’élargir leurs offres vers les crédits aux particuliers et aux entreprises, ainsi qu’à la gestion de patrimoine.

Amazon et Alibaba proposent déjà des crédits aux entreprises en Europe et en Chine.

 

EXPÉRIENCE CLIENT ET NOUVEAUX SERVICES

Selon l’agence D-Rating, le « mobile banking » sera d’ici 2020 le principal mode d’interaction des Français avec leur banque, devant le « online banking » (banque en ligne sur ordinateur de bureau ou portable) et le conseiller en agence.

Les nouveaux standards de l’expérience client

Aujourd’hui, plus de la moitié des clients équipés à la fois d’un ordinateur et d’un appareil mobile (smartphone et/ou tablette) sont « mobile-first », c’est-à-dire qu’ils utilisent plus souvent leur appareil mobile que leur ordinateur pour consulter leurs comptes.

Les jeunes générations en sont les premiers adeptes : 75% des moins de 35 ans vont sur leur espace client mobile plusieurs fois par semaine. L’usage se concentre sur les services de bases : 93% concernent la consultation de solde, 58% les virements internes, 30% les virements externes, 9% la gestion de budget et la catégorisation des dépenses.

EXPÉRIENCE CLIENT : LES ATOUTS DES BANQUES TRADITIONNELLES

Face à l’hyper concurrence qui émerge, l’enjeu majeur pour les acteurs bancaires traditionnels est d’améliorer l’expérience client. Leur promesse relationnelle de proximité, qu’elle soit physique ou digitale, doit leur permettre de replacer la satisfaction client au coeur de leurs priorités. Il est par exemple important pour un client d’obtenir un rendez-vous dans les 48 h avec son conseiller, ou d’avoir la confirmation SMS instantanée qu’une demande a été prise en compte. D’où la nécessité pour ces banques traditionnelles de mettre en place des critères de qualité et des enquêtes de satisfaction répondant à l’exigence client.

La satisfaction client comme axe de développement prioritaire

Certaines banques accordent de plus en plus d’importance aux questionnaires satisfaction et les intègrent même dans la rémunération de la part variable des conseillers clients et des managers.

Un autre axe de développement pour renforcer la confiance et la proximité consiste à mettre en place des pôles experts spécialisés sur des problématiques de divorce, de décès ou de succession.

Vers une 2e vie des agences bancaires

Si les avancées technologiques et les comportements clients vont dans le sens d’une diminution du nombre d’agences, un récent rapport du Boston Consulting Group exhorte les banques à maintenir leurs contacts physiques de proximité. Car les clients veulent un service à deux niveaux : le digital pour les opérations du quotidien et un conseil à très forte valeur ajoutée en agence. Pour le dire autrement, la commodité des services bancaires en ligne ne doit pas se faire au détriment d’un service individualisé de qualité proposé en agence. Le canal agence et le contact humain restent aujourd’hui et sans doute encore demain la pierre angulaire des ventes de produits financiers, de crédit, d’assurance et de conseil en patrimoine.

Avec l’émergence d’agences hybrides

La tendance serait donc aux petites et moyennes agences dotées d’une technologie pointue et d’espaces de convivialité proposant une expérience client optimale. Aujourd’hui, certaines agences mettent à disposition fauteuils ou canapés et proposent des tablettes contenant des tutoriels et des démonstrations de leurs produits. D’autres proposent des services alternatifs en invitant par exemple des partenaires ou des entreprises locales : artisans, agents immobiliers… pour que la clientèle retrouve des services connexes sur un même lieu. Ces espaces cosy sont autant d’occasions de favoriser l’échange avec les clients.

A l’avenir, il s’agit de passer d’une logique de réduction des coûts d’exploitation qui consistait à fermer les agences à une logique volontariste d’expansion de nouveaux services, générateurs de nouveaux revenus.

Avec l’optimisation d’un parcours Cross canal

A la différence du multicanal, où chaque canal est indépendant et sans interférence avec les autres, le cross canal englobe l’ensemble des canaux de distribution et d’information de manière simultanée, afin de tirer profit de leurs synergies en faveur du client. Le site e-marketing cite l’exemple du « consommateur lambda qui débute ses achats en s’informant sur le Web, de sites marchands en sites marchands et de comparateurs de prix en comparateurs, qui poursuit en magasin physique afin de pouvoir mieux tester le produit et éventuellement utiliser quelques bornes interactives pour confirmer l’utilisation possible du produit visé, qui se rend ensuite sur divers réseaux sociaux pour partager questions et impressions, et qui procède finalement à la commande du bien via une application e-commerce installée sur son smartphone en utilisant un coupon de réduction reçu par email ». L’intérêt de ce « cross » est de multiplier les opportunités de vente en accompagnant le consommateur dans les différentes étapes de son cycle d’achat. Pour revenir au domaine de la banque/assurance, Amandine Checconi donne un autre exemple dans un article paru sur prologia.fr « Un client qui commence une simulation pour un crédit immobilier doit pouvoir le finaliser en agence avec les conseils de son gestionnaire de clientèle. De même, dans le cadre d’une assurance vie souscrite en agence avec un conseiller, le client qui le souhaite devrait pouvoir faire un arbitrage via le web ; enfin, une proposition de crédit consommation faites par téléphone doit pouvoir être concrétisée sur internet ou sur mobile. »

L’agence matérialise la promesse relationnelle

Si les clients fréquentent moins, voire plus du tout, leur agence, 95% souscrivent encore leur contrat en agence et 44% préfèrent s’y rendre pour des opérations complexes. Par ailleurs, 29% considèrent comme critère de choix principal la présence d’une agence près de leur domicile. Des réflexes que traduit bien le slogan de la Banque Populaire : « Gagnez du temps avec nos services en ligne, prenez le temps avec votre conseiller. ». Toutefois, pour que la promesse relationnelle soit convaincante, il faut des conseillers « pointus » et bien formés, avec une forte culture du digital et de la relation client. C’est en apportant de la valeur ajoutée à des clients déjà sur-informés que les banques sauront… ou pas se maintenir.

 

Exemples de solutions nomades proposées par les neo-banques

Ouvrir un compte bancaire

70% des néo-banques permettent d’ouvrir un compte bancaire en quelques minutes, alors qu’aucune banque en France n’est en mesure de le faire en moins de 48 heures sans passer en agence. Leur application permet la saisie des informations personnelles, la signature électronique du contrat, la prise de photo et/ou le chargement des pièces justificatives. Chez N26, elle permet également la visioconférence instantanée avec un employé pour procéder au contrôle d’identité.

Consulter son compte

Fin 2017, seule le Crédit Mutuel, parmi les banques traditionnelles et les banques en ligne de première génération, était capable d’afficher solde et transactions en « temps réel ». Alors que toutes les néo-banques ont la capacité de fournir en temps réel : affichage du solde et des transactions, notification de dépassement de seuils paramétrables par l’utilisateur…

Transférer de l’argent

Un des points de différenciation concerne la facilité d’ajout d’un nouveau bénéficiaire. Les deux tiers des banques traditionnelles ne proposent toujours pas ce service sur mobile et une majorité d’entre elles requièrent un délai de validation du nouveau bénéficiaire de 48h. En revanche, Compte Nickel, Hello Bank, N26 ou Lydia proposent le transfert d’argent par SMS. Une fonction qui permet de sélectionner directement le destinataire du transfert dans sa liste de contacts téléphoniques. Le transfert est instantané si le destinataire est aussi client de la banque.

Activer/désactiver sa carte

Tout le monde a connu l’angoisse d’avoir égaré sa carte bancaire puis d’avoir appelé en urgence pour faire opposition. Le lendemain, la carte soi-disant égarée est retrouvée… mais devenue inutilisable.

Aujourd’hui, les néo-banques rendent possible la désactivation/activation de sa carte via son smartphone. Idem pour les achats en ligne, les retraits d’espèces ou les dépenses à l’étranger.

Solliciter un prêt

Younited Credit propose des crédits à la consommation de particulier à particulier qui devrait atteindre le milliard d’encours de prêt en 2018.

 

LA CARTE BANCAIRE A CODE CRYPTO DYNAMIQUE

Si la fraude à la carte bancaire est en baisse pour la première fois depuis 2004, elle reste encore fréquente pour les achats par internet : 25 fois plus qu’en magasin. Afin de renforcer la sécurité sur les sites d’e-commerce et de rassurer les clients, le groupement de cartes bancaires a agréé l’utilisation par plusieurs banques d’une nouvelle technologie : le cryptogramme dynamique. La banque chinoise CMBC sera même la première en Asie à la commercialiser.

Le cryptogramme dynamique : kesako ?

A l’arrière de la carte bancaire, à côté de la signature, le code à trois chiffres est remplacé par un mini écran LCD alimenté par une batterie ultra fine au lithium, qui affiche à intervalles réguliers (toutes les heures), une nouvelle combinaison à trois chiffres. Cette carte, dite à code « crypto-dynamique », n’est pas plus épaisse qu’une carte classique et intègre une antenne NFC (sans contact).

Elle est signée de la technologie « Motion Code » du français Idemia (ex Morpho-Oberthur Technologies). Prochainement, Idemia mettra également en test sur le territoire français une carte biométrique intégrant directement un lecteur d’empreinte digitale.

ASK, une entreprise spécialisée dans les cartes sans contact, a aussi développé un écran qui affiche un cryptogramme différent après chaque transaction, sans avoir besoin de batterie. L’énergie nécessaire provient d’une encre conductrice comme celle utilisée dans les étiquettes antivol.

 

 

Yves Guérin

 

Principales sources utilisées :

Les Echos, latribune.fr, adeic.fr, D-rating, Prologia, economie.gouv.fr, strategie.gouv.fr

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