Quand la Chine s’éveille au durable
Jean-Pierre Raffarin, Président de la Fondation Prospective & Innovation, Dominique Bussereau, Président du Conseil Départemental de Charente-Maritime et Yuanyuan Gao, Ministre-conseillère économique et commerciale auprès de l'ambassade de Chine en France

Quand la Chine s’éveille au durable

Le 23 septembre, le Conseil Départemental de Charente-Maritime accueillait un colloque « Horizon Chine », du nom d’un programme de développement international lancé en 2011. Organisé en partenariat avec la Fondation Prospective Innovation présidée par Jean-Pierre Raffarin, son thème « Nouveau modèle, économie verte et bien-être » interpellait. C’est sans doute un signal pour nos entreprises : la Chine a changé et il faut en tenir compte.

Une réorientation politique

Pour l’ancien Premier ministre, elle souhaite un monde multipolaire avec des équilibres. Les destins de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique sont liés. Pour appréhender l’Empire du Milieu, il faut mêler l’économique et le culturel. C’est le message de la nouvelle Route de la Soie.

Jean-Pierre Raffarin ajoute que « des choses très importantes sont en train de se passer », à commencer par une forte montée en gamme. Mme Yuanyuan Gao, Ministre-conseillère économique et commerciale auprès de l’ambassade de Chine explique que « la Chine est entrée dans une nouvelle normalité ». Avec le XIIIe Plan quinquennal adopté en mars 2016, elle cherche un modèle de croissance plus solide, équilibré et inclusif, une croissance qualitative tirée par l’innovation. Laurent Malvezin, fondateur du réseau « Osons la Chine », démontre que le Plan transforme le « business model » par l’innovation et met l’accent sur les infrastructures et réseaux. Sa forte coloration sociale « réinvente une notion bien française, l’intérêt général ».

Phan Nay, directeur de Bank of China au colloque sur les nouvelles opportuinités pour les entreprises offertes par l'environnement et le bien âtre en Chine (Horizon Chine, fondation FPI)

Phan Nay, directeur de Bank of China

Phan Nay, directeur de Bank of China explique que les autorités chinoises agissent avec précision et détermination. Le pays se tourne vers la consommation intérieure et non l’exportation. Il veut réduire ce qui n’est pas bon, les surcapacités, les stocks, et stimuler tout ce qui peut tirer la nouvelle croissance et les nouveaux secteurs. Il s’agit de faire en sorte que de plus en plus de gens entrent dans la classe moyenne et de réduire les inégalités territoriales et économiques.

Yves Charpentier, directeur-adjoint Asie-Océanie au Ministère des Affaires Etrangères salue « une incontestable volonté de réforme », avec de nouvelles priorités : la protection de l’environnement, le bien-être, la sécurité alimentaire, mais aussi le numérique. Côté environnemental, le pays, un des premiers à ratifier l’accord sur la lutte contre le changement climatique, veut réduire de 18 % ses émissions par point de PIB et augmenter la part des énergies non fossiles, dont le nucléaire. Il remarque que cela s’avère cependant contradictoire avec l’objectif de croissance quantitative (autour de 6,5 % par an) et qu’une série d’indices laissent penser que le ralentissement est sans doute plus marqué qu’annoncé.

Des opportunités pour les entreprises sur des secteurs en devenir

Pour Yves Charpentier, cette économie en redéploiement offre des débouchés aux entreprises françaises, y compris aux PME, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire, de la santé, de la « silver économie » et du numérique. De manière générale, il faut apporter une vraie valeur ajoutée.

Laurent Malvezin explique que « la logique du Plan doit être au cœur de la réflexion des entreprises françaises ». A travers lui, « les Chinois disent ce qu’ils font et font ce qu’ils disent. Il faut les prendre au pied de la lettre ». Les partenaires chinois ont des comptes à rendre. Ils veulent comprendre que leur interlocuteur est à même de s’adapter à leurs objectifs. L’interconnexion, la coopération, par exemple sous forme de structures hybrides franco-chinoises, en fait partie. Or, pour créer du commun, il faut être capable de le gérer dans la durée. Philippe Marrec, Directeur du département Intelligence Marché de Business France, confirme qu’il faut de « vrais partenariats » avec les entreprises chinoises. Il existe d’énormes marchés sur l’éolien, le véhicule propre, le traitement des eaux et des sols, la métrologie, la santé, le vin, l’élevage… Plusieurs intervenants soulignent le très bon niveau de compétence des Chinois sur les technologies propres. Ils disposent d’énormes capacités de production de véhicules électriques. Pourtant, ils apprécient le savoir-faire européen.

Certains secteurs ont clairement besoin des compétences françaises. Par exemple, les dirigeants des centres de bien-être des hôtels, très grands et luxueux, ont compris que leur produit a atteint une certaine limite. Il leur faut désormais penser en termes de prise en charge du client pour ses problèmes de santé et médicaliser l’approche. Pour cela, le secteur du thermalisme apporte une aide utile.

Pedro Novo, Directeur de BPIfrance Financement considère que le marché chinois permet de transformer les modèles économiques des entreprises. Elles doivent vendre non seulement un produit mais le financement qui va avec, ce qui permet de vendre davantage.

Des obstacles bureaucratiques

La route vers le marché chinois peut parfois être hérissée d’obstacles. Les réglementations changeantes dans le secteur des importations représentent une forme de protectionnisme. Les procédures d’homologations sont complexes, surtout en matière de santé et les clients très regardants. Pour le bio, il faut certifier chaque ingrédient. Jeanne Christensen, directrice développement international de Léa Nature explique qu’il a fallu 3 ans pour enregistrer les produits cosmétiques de la société. Eric Blanchard, directeur général de Lisa Nutrition et de la Laiterie de Montaigu, ajoute que l’entreprise vendéenne a profité des scandales du lait frelaté mais que le gouvernement veut aujourd’hui limiter le nombre de marques, de gammes et de formules. Il a dû arrêter les installations pour suivre la réglementation. Les autorités peuvent cependant se montrer ouvertes au dialogue, en présence d’arguments solides.

Une préparation nécessaire

La journée d’échanges a été l’occasion de proposer des conseils aux entreprises intéressées par le marché chinois. Bien sûr, il faut se faire accompagner par des consultants qui connaissent très bien la Chine, se méfier de l’espionnage et se protéger en matière de propriété intellectuelle, également au niveau local. Il est primordial de se déplacer souvent et de faire l’effort de s’intéresser à la culture locale. Il faut surtout persévérer. En effet, les partenaires mettent du temps à délivrer leur véritable objectif. L’intuition compte beaucoup. Il faut savoir prendre des risques. Certains indices permettent de savoir qu’un accord approche : être sollicité par son partenaire, des équipes en face qui se stabilisent… Ensuite les choses peuvent aller très vite et il faut les moyens de délivrer en quantité. Il est conseillé de se mettre d’accord et de faire la partie juridique ensuite. En cas de difficultés, il faut recourir à l’arbitrage.

Par ailleurs, il est essentiel de soigner la promotion de son entreprise, de se présenter en chinois et de se connecter aux consommateurs avec les réseaux sociaux locaux.

Il faut aussi investir dans les ressources humaines. Les relais locaux sont fidèles mais ils doivent être bien rémunérés. Ils sont utiles pour savoir à quelle porte frapper dans une entreprise. Il faut aussi répartir les distributeurs et agents car les grandes villes sont nombreuses.

Très apprécié des Chinois, le programme Horizon Chine devrait s’élargir à d’autres départements de la Région. Celle-ci dispose notamment des Maisons Sud Ouest France, d’un bureau à Wuhan et d’un incubateur. Des formations Prep Asia de l’Université de La Rochelle donnent des clés pour les aspects relationnels.

 

Laurent Kaczmarek

 

Réagir à cet article

comment-avatar

*