L’innovation en entreprise
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L’innovation en entreprise

Dans une économie mondialisée, hyperconcurrentielle et algorithmée, l’innovation est plus que jamais indispensable à la croissance, voire à la survie, des entreprises. Face à ce défi, de nouveaux acteurs apparaissent, des écosystèmes s’organisent, de nouvelles idées et de nouveaux paradigmes surgissent… sans compter les nombreuses aides qui sont proposées pour accompagner les entrepreneurs.

 

> État des lieux et tendances
> Les brevets comme outil de compétitivité
> L’innovation « nouvelle génération » : ouverte, agile, centrée-usager
> Les aides à l’innovation
> Les incubateurs en région

 

Pour entreprenons.fr, un site d’information et d’échanges pour les créateurs et les jeunes entreprises : « aujourd’hui, le champ du possible n’a jamais été aussi ouvert pour tous les créateurs de start-up et dirigeants de TPE/PME ». Quant à Paul-François Fournier, directeur de l’innovation de BPIfrance, il rappelle que : « les entreprises ayant innové sur les 3 dernières années ont connu une croissance de 10% en moyenne de leur chiffre d’affaires contre une baisse de 3% pour celles qui n’ont pas innové. »

 

État des lieux et tendances

Les 5 catégories d’innovations

L’innovation ex nihilo apporte une nouveauté absolue. Selon le besoin plus ou moins latent auquel elle répond, la réaction du marché pourra être rapide ou modeste.

L’innovation radicale, technique ou commerciale, crée une rupture par rapport à l’existant en s’affranchissant des stéréotypes habituels. Objectif : créer un nouveau marché.

L’innovation incrémentale consiste à améliorer de manière sensible un produit ou un service existant. La réussite se fera dans le différentiel performance/qualité/prix entre l’existant et la novation. Objectif : rester dans la course.

L’innovation disruptive vise à rendre un produit existant plus performant et surtout plus facilement accessible par le plus grand nombre. Elle émane souvent de nouveaux entrants. Objectif : s’adapter à l’environnement.

L’innovation adjacente conduit à une utilisation nouvelle d’un produit existant sur un nouveau marché. Objectif : prolonger le marché actuel.

 

Les 6 domaines de l’innovation

On distingue habituellement six grands domaines d’innovation dont certains se combinent entre eux

 

1) L’innovation de produit, de service ou d’usage concerne l’amélioration d’un concept existant ou l’introduction d’une innovation plus radicale.

2) L’innovation de procédé ou d’organisation change la manière dont l’entreprise organise son travail et sa chaine logistique.

3) L’innovation Marketing & Commerciale modifie la présentation, la distribution, la tarification, la promotion de l’offre.

4) L’innovation sociale apporte de nouvelles réponses à des besoins sociaux peu ou mal satisfaits dans les conditions actuelles des politiques sociales.

5) L’innovation technologique, scientifique & industrielle, la plus connue, fait l’objet de forts investissements en R&D en combinant plusieurs technologies nouvelles.

6) L’innovation de modèle d’affaires réorganise la structure des revenus et des coûts.

Ces 6 domaines ont un point commun : ils sont tous étroitement liés à la transformation digitale. Aujourd’hui, « Le numérique est un facteur de disruption dans tous les domaines », rappelle P.F. Fournier de BPIfrance.

« Pour autant l’innovation ne se limite pas non plus au seul digital ». Aujourd’hui, pour la Banque Publique d’Investissements, créer sa flotte de food-triporteurs ou lancer un nouveau modèle de maison d’édition entre dans le champ de l’innovation, au même titre qu’évoluer dans la création de logiciels, la robotique ou les biotechnologies.

 

Focus sur l’innovation sociale entrepreneuriale

Aujourd’hui, de nombreux projets se créent dans le domaine de l’économie sociale & solidaire (ESS) à partir d’innovations qui concernent aussi bien les produits et les services que les modes d’organisation ou de distribution dans des domaines du 4e âge, de la petite enfance, du logement, de la santé, de la lutte contre la pauvreté…

 

Les 3 catégories d’acteurs

L’Avise, « Agence d’ingénierie et de services pour entreprendre autrement », distingue 3 types d’acteurs qui interviennent dans l’ESS :

Les entrepreneurs

Le secteur associatif est historiquement le premier laboratoire d’innovations sociales par sa connaissance des populations et des territoires. Mais depuis quelques années, une nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux apporte aussi des solutions aux grands défis sociétaux.

Les citoyens

On parle d’innovations citoyennes portées par un ou plusieurs citoyens bénévoles s’engageant pour répondre, à leur échelle, aux défis sociaux de proximité.

Les pouvoirs publics

Il s’agit notamment des Conseils départementaux et régionaux qui réinterrogent la façon dont sont conçues et mises en oeuvre leurs politiques publiques, en lançant des expérimentations avec un regard pluridisciplinaire : citoyens, urbanistes…

 

Les brevets comme outil de compétitivité

La propriété intellectuelle et industrielle, le brevet en particulier, possède deux vertus : défensive pour se différencier des concurrents et les dissuader de copier une technologie protégée, offensive pour contraindre les contrefacteurs à bloquer leurs activités ou à payer des licences d’utilisation.

Aujourd’hui, l’innovation et sa concrétisation en propriété intellectuelle et industrielle constituent une arme majeure dans la compétition économique. D’où la multiplication des dispositifs fiscaux favorables à la recherche comme le Crédit d’Impôt Recherche en France (6 milliards d’€ en 2014) ou l’exonération des revenus des brevets aux Pays-Bas.

 

Une majorité de financements privés

En France, depuis le début des années 2000, les investissements en R&D n’ont progressé que de 0,2 point de PIB pour atteindre 2,3% actuellement, dont les deux tiers grâce aux financements privés qui ont pallié la baisse de participation de l’Etat (0,79% du PIB en 2013 contre 0,81% en 2000).

Paradoxalement, selon l’OCDE, dans le même temps, le nombre de chercheurs progressait de plus de 50% en France : 366.299 en 2014 contre 211.365 en 2000.

 

Innovation en entreprise : le brevet, outil de compétitivité© Andrey Armyagov - Fotolia

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TOP 10 des entreprises françaises ayant déposé des demandes de brevets auprès de l’INPI ou des principaux Offices*
 Demandes déposées dont publiées à l’INPI
 PSA Peugeot Citroën 1.186 89,3%
Alcatel-Lucent 1.043 0,10%
Airbus Group  915 39,6%
Safran 764 92,8%
CEA 687 93,2%
Valeo 679 69,5%
CNRS 597 67,5%
Renault 575 92%
L’Oréal 526 78,9%
Technicolor 509 4,5%

* OMPI, OEB, DPMA (Allemagne), JPO (Japon), KIPO (Corée du Sud), SIPO (chine), USPTO (USA).

Source : Les Echos

 

En 2015, le nombre de demandes de brevet auprès de l’Office européen des brevets (OEB) a atteint un nouveau record

160.000 demandes de brevet européen ont été enregistrées en 2015 auprès de l’OEB, soit +4,8% sur l’année. Un chiffre record qui prouve que « l’Europe continue d’être un pôle majeur et un marché technologique attractif pour les innovateurs du monde entier » selon Benoît Battistelli, le président de l’OEB. Cette progression est en grande partie imputable aux demandes de brevet provenant d’entreprises américaines (+16,4%) et chinoises (+22,2%).

 

Les 8 pays ayant déposé le plus de demandes de brevet européen en 2015
Etats-Unis 42.692
Allemagne 24.820
Japon 21.426
France 10.781
Pays-Bas 7.100
Suisse 7.088
Corée 6.411
Chine 5.721

 

Un autre indicateur comptabilise le nombre de dépôts de brevet par million d’habitants. Avec un ratio de 162, la France se situe au dixième rang derrière les Pays-Bas, la Suède, la Finlande ou le Danemark qui ont chacun un ratio entre 300 et 400 par million d’habitants.

 

Les 6 principaux secteurs concernés par les innovations en 2015
Technologie médicale 12.474 (+11%)
Communication numérique 10.762 (+3,2%)
Technologie informatique 10.549 (+7,8%)
Energie, appareillage électrique 10.198 (-1,8%)
Transport 7.802 (-1,6%)
Techniques de mesure 7.727 (+8%)

 

L’Europe domine 8 des 10 secteurs technologiques les plus actifs

Les entreprises européennes restent les premiers demandeurs de brevet dans 8 des 10 principaux secteurs technologiques. Pour exemple, en 2015, l’allemand Bayer a été N° 1 dans la chimie organique et le groupe néerlandais DSM a remporté la palme dans les biotechnologies. Le groupe Philips a été l’entreprise qui a déposé le plus de demandes de brevet européen dans trois domaines différents (machinerie électrique, appareils & énergie, techniques de mesures, technologies médicales) devançant les coréens Samsung et LG, le chinois Huawei et l’allemand Siemens.

A l’inverse, les secteurs des technologies médicales et de l’informatique restent dominés par les sociétés américaines.

Rappelons enfin que l’Europe exporte davantage de brevets qu’elle n’en importe.

 

Nouveau : « le brevet unitaire européen »

La hausse continue des demandes de brevet intervient au moment où l’Europe se prépare à une réforme majeure avec l’arrivée prévue au 1er semestre 2017 du Brevet unitaire européen. Souvent repoussé, celui-ci reste encore suspendu à la ratification allemande tandis que la victoire du Brexit risque de sortir la Grande-Bretagne du périmètre prévu à l’origine.

Qu’est-ce que le brevet unitaire ?

Alors que le traditionnel «brevet européen» est un faisceau de brevets nationaux (38 pays concernés) qui doivent être validés séparément par les offices nationaux avant de pouvoir produire leurs effets dans les États désignés, le « brevet unitaire européen » confèrera une protection uniforme dans les 26 Etats Membres de l’UE participants… et coûtera six fois moins cher pour le déposant. Concrètement, le titulaire du brevet pourra choisir parmi plusieurs combinaisons regroupant brevets européens classiques et brevet unitaire.

 

L’innovation “ Nouvelle Génération ” : ouverte, agile, centrée usager

Beaucoup d’innovations contemporaines rompent, par leur cheminement, avec la vision classique de la R&D. Aujourd’hui, selon BPI France, le nouveau crédo serait plutôt :

 

Pour innover, fais preuve d’ouverture !

De fait, pour Henry Chesbrough, professeur et directeur du Center for Open Innovation à Berkeley, l’image traditionnelle de l’approche « en entonnoir qui fait le tri des idées venues de la R&D des entreprises pour n’en laisser que quelques-unes aller jusqu’au marché » est en perte de vitesse. Il faut aujourd’hui « trouer » l’entonnoir pour chercher ailleurs les idées et connaissances (technologies tierces) dont l’entreprise a besoin pour innover, tout en permettant à d’autres acteurs de créer de la valeur économique à partir de ses propres innovations. Soit un process d’innovation fondé sur la collaboration entre les parties prenantes via les brevets & licences, la filialisation, le co-investissement, l’essaimage : tout un écosystème compatible avec une économie de marché.

 

Pour innover, sois agile !

Aujourd’hui, l’objectif est de réduire les cycles de développement pour aboutir à des résultats tangibles sans apport massif de capital, ni business plan élaboré, ni recherche de la perfection. Bref, l’entreprise doit minimiser les risques. Cette méthode privilégie le déploiement continu de versions successives du produit ou service, accompagné d’une prise en compte continue des retours du marché. Celle-ci peut d’ailleurs conduire l’entreprise à tester de nouvelles hypothèses fondamentales sur ses produits, son marché, sa stratégie et ses moteurs de croissance.

La BPI donne l’exemple de Critéo qui, en 2005 « était un service de recommandation de films, en 2006 un service de recommandation de produits en e-commerce et depuis 2008, une entreprise de ciblage publicitaire sur internet » qui a dépassé le milliard d’€ de CA en 2015.

Une telle démarche n’est pas compatible avec l’élaboration traditionnelle d’un cahier des charges ou d’un plan de développement sur plusieurs années.

 

Pour innover, pense « avec » et « pour » les usagers !

Eric von Hippel, chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology) a démontré que, sur beaucoup de marchés comme les équipements sportifs, les appareils médicaux…, les innovations les plus importantes provenaient au départ d’utilisateurs « avancés » qui, ensuite, ont été reprises et industrialisées par des entreprises nouvelles ou installées.

Ce processus s’amplifie aujourd’hui avec le numérique, l’internet et les Fab Labs qui brouillent la frontière qui séparait amateurs et professionnels.

Avec cette théorie, le processus habituel de « descente » de l’innovation depuis la R&D jusqu’au marché est inversé au profit d’une « remontée » et co-conception initiée par les utilisateurs leaders. C’est un changement complet de paradigme.

 

L'innovation de demain doit être centrée sur l'usager et impose à l'entreprise d'être agile. © Fotolia

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Les aides à l’innovation

Trouver un financement pour un projet innovant, c’est d’abord faire preuve de patience et de persévérance pour identifier et formaliser les aides disponibles. Beaucoup d’acteurs proposent des subventions, des prêts d’honneur, des avances remboursables qui présentent toutes des spécificités, des critères d’accessibilité et des modalités différentes.

 

Les principales aides nationales à l’innovation

Le statut de « Jeune Entreprise innovante » permet des exonérations sociales & fiscales auprès de l’Urssaf. Seulement accessible aux PME de moins de 8 ans d’existence.

L’aide pour le développement de l’innovation délivrée par BPIfrance : avance récupérable ou prêt à taux zéro accessible aux entreprises de moins de 2.000 salariés.

La Bourse French Tech proposée par la BPI : subvention jusqu’à 31.500€ destinée aux entrepreneurs individuels ou jeunes entreprises de moins d’1 an.

Le prêt d’amorçage de BPIfrance : jusqu’à 500.000€ pour les entreprises de moins de 50 salariés de moins de 5 ans.

Le Crédit d’Impôt Recherche attribué par la Direction Générale de la Recherche & de l’Innovation (DGRI) : 30% des dépenses de R&D, ouvert à tout type d’entreprise.

Le Crédit d’Impôt Innovation : 20% des dépenses liées au projet innovant avec un plafond de dépenses de 40.000€ pour les PME de moins de 250 salariés.

 

Les incubateurs en région

Innover, c’est aussi inventer une nouvelle manière de travailler. Aujourd’hui, en France, se développe un véritable écosystème qui accompagne les entrepreneurs et qui favorise le collectif et l’émulation : espaces de coworking, couveuses d’entreprises, incubateurs, pépinières, essaimage… C’est notamment grâce à ce partage d’informations et d’expériences que les projets s’affinent et parviennent à lever des fonds auprès d’investisseurs.

 

Focus sur les incubateurs

Structure d’appui et d’hébergement à la création d’entreprises innovantes, les incubateurs ont pour objectif de transformer un concept novateur en entreprise performante via un accompagnement multi fonctions : juridique, technique, financier, méthodologique, relationnel, commercial…

 

… En Poitou-Charentes

Etincel : Créé en 2000 à l’initiative des Universités de Poitiers et de La Rochelle, de l’école d’ingénieurs ENSMA et du CNRS, l’Incubateur régional Poitou-Charentes Etincel soutient les porteurs de projet ou les chefs d’entreprise dans leurs démarches d’innovation, de l’idée au lancement de l’activité. Et ce, quel que soit le secteur d’activité : technologie, industrie, commercial, services…

En outre, Etincel a développé avec différents partenaires des solutions d’accueil dans des dispositifs déjà existants comme les pépinières d’entreprises des collectivités territoriales, le Biopôle de Poitiers ou le CEI (Centre d’entreprise et d’innovation) du Futuroscope.

Dans le cadre du dispositif d’incubation proposé par Etincel, le porteur de projet s’engage à créer son entreprise dans la région Poitou-Charentes.

Alter’Incub Poitou-Charentes : Créé en 2013 à Niort, à l’initiative de l’URSCOP, l’incubateur régional dédié à l’innovation sociale & solidaire accompagne les porteurs de projets dans la formalisation et la consolidation de leur projet d’entreprise socialement innovante.

Alter’Incub s’intéresse aux projets qui conjuguent problématiques transversales, dimension coopérative et principe de cohésion sociale, dans des secteurs comme le tourisme, l’éco-industrie, l’environnement, l’économie numérique…

L’Incubateur de Charente-Maritime est un dispositif départemental qui permet à de jeunes diplômés de mûrir leur projet et de s’assurer de leur viabilité avant d’entreprendre la démarche de création. En coordination avec les autres dispositifs nationaux ou régionaux, il prépare l’itinéraire administratif, technique, logistique, relationnel, financier ou commercial du porteur de projet… jusqu’à ce que l’entreprise soit créée en Charente-Maritime. Initié par le Conseil Général, il est hébergé dans les locaux de l’école d’ingénieurs EIGSI.

 

… En Vendée

L’incubateur Machinarium : Créé début 2016 à La Roche-sur-Yon, Machinarium est un nouvel incubateur privé, dédié aux entreprises numériques.

 

… A Bordeaux

Technowest

IRA, Incubateur Aquitaine

33 Entrepreneur

L’Auberge numérique

Bordeaux Productic

La Banquiz

 

… En Limousin

Ester Technopole : parc d’activités dédié aux entreprises innovantes et de haute technologie.

Aile : Incubateur Limousin Entreprises

Avrul : Agence de Valorisation de la Recherche

 

Des réseaux thématiques « French Tech »

Depuis le 25 juillet 2016, les agglomérations d’Angoulême, Poitiers, Niort et La Rochelle, ainsi que Limoges et la Vendée intègrent la « French Tech » (incubateur de start-ups en France), à travers trois des neuf réseaux thématiques (voir p. 4). Attribué par l’État, ce label permet d’identifier en régions les écosystèmes dynamiques en matière de startups numériques et donne accès à des financements de la BPI.

 

 

Yves Guérin

 

Principales sources utilisées :

Agence France Entrepreneur, BPIfrance, Trendemic.net

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