Arrêt maladie de plus de 3 mois : quelles pertes de salaire prévoir ?

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Richard Montand

Lorsqu’un arrêt maladie dépasse les trois mois, il n’impacte plus seulement l’emploi : il devient une épreuve économique. Car si les premiers mois peuvent être partiellement compensés par le maintien de salaire légal et les indemnités journalières, au-delà du 90e jour, les garanties fondent rapidement. Ce que de nombreux salariés découvrent tardivement, c’est que la couverture par l’employeur cesse souvent à ce stade, à moins qu’une convention collective ou un contrat de prévoyance ne vienne prolonger cette protection.

La Sécurité sociale continue, certes, de verser des indemnités journalières (IJSS) sous conditions, mais celles-ci sont plafonnées et ne représentent qu’une fraction du salaire initial. La conséquence est directe : le salarié subit une perte de revenu pouvant atteindre 40 à 60 %, voire davantage en l’absence de complément. Dans ce contexte, comprendre ses droits, anticiper les effets d’un arrêt prolongé et activer les bons leviers devient une urgence stratégique.

Les mécanismes de rémunération pendant un arrêt maladie de plus de 3 mois

Ce que couvre (et ne couvre plus) l’employeur au-delà du 90e jour

Le Code du travail impose à l’employeur de maintenir partiellement le salaire, à partir du 8e jour d’arrêt, pour une durée maximale de 90 jours. Ce maintien se décompose en deux périodes : 90 % du brut pendant les 30 premiers jours, puis 66,66 % les 30 jours suivants. Cette durée peut être allongée par l’ancienneté ou par des dispositions conventionnelles spécifiques.

Mais passé ce seuil de 90 jours, l’obligation légale cesse. L’employeur n’est plus tenu de verser de complément, sauf si une convention collective l’impose (cas de la SYNTEC, de la métallurgie ou du BTP par exemple). Ainsi, à défaut de convention protectrice ou de contrat de prévoyance, le salarié ne perçoit plus que les IJSS versées par la CPAM.

Des indemnités journalières limitées dans le temps et dans leur montant

Les indemnités journalières, versées par la Sécurité sociale, continuent après le troisième mois mais sont plafonnées. En 2025, elles s’élèvent au maximum à 52,11 € bruts par jour pour un arrêt classique (soit environ 1 563 € par mois). Elles ne couvrent donc qu’une partie du salaire, avec une retenue de 6,7 % (CSG/CRDS) à déduire.

Pour continuer à percevoir ces IJSS après 3 mois, le salarié doit justifier d’une affiliation à la sécurité sociale depuis au moins 12 mois, et avoir soit travaillé 600 heures dans les 12 derniers mois, soit cotisé sur 2 030 fois le Smic horaire. Dans le cas d’une affection de longue durée (ALD), ces IJSS peuvent être versées jusqu’à 3 ans. Passé ce délai, seule une pension d’invalidité peut prendre le relais, si la capacité de travail est réduite d’au moins deux tiers.

Arrêt maladie de longue durée : comprendre et anticiper la perte de salaire

Des revenus amputés de moitié en l’absence de garanties complémentaires

Sans couverture complémentaire, la perte de salaire est considérable. Pour un salarié au revenu brut de 2 500 € mensuels, les IJSS ne compenseront qu’environ 1 200 à 1 400 € nets. Les charges fixes, elles, demeurent : loyer, crédits, alimentation, enfants. Rapidement, le déséquilibre budgétaire s’installe. Et contrairement à une idée répandue, les primes, gratifications et autres avantages ne sont pas pris en compte dans les IJSS ni dans les compléments employeurs.

Le choc est d’autant plus rude que nombre de salariés ignorent qu’un arrêt long n’ouvre aucun droit automatique à un revenu de substitution intégral. La prévoyance collective, lorsqu’elle existe, devient alors le seul rempart. Mais elle reste facultative dans de nombreux secteurs ou réservée aux cadres. Vérifiez votre contrat d’entreprise ou interrogez votre service RH sans attendre la dégringolade.

Le rôle crucial de la prévoyance collective et individuelle

Les entreprises peuvent souscrire un contrat de prévoyance pour garantir le maintien de revenu en cas de longue maladie. Cette couverture, souvent obligatoire pour les cadres (depuis l’ANI de 2013), permet de compléter les IJSS pour approcher, voire retrouver, 80 à 100 % du salaire brut. Pour les non-cadres, cela dépend de l’accord d’entreprise ou de branche.

Les salariés peuvent également souscrire une prévoyance individuelle. Celle-ci permet de percevoir un revenu complémentaire pendant toute la durée de l’incapacité, selon les garanties choisies. Une solution précieuse, notamment pour les professions indépendantes ou les employés dont la convention collective est peu protectrice.

Conventions collectives : les écarts de traitement sont majeurs

Certains secteurs préservent mieux leurs salariés en arrêt prolongé

La réalité du maintien de salaire dépend en grande partie de la convention collective applicable. Prenons l’exemple de la convention SYNTEC : à partir d’un an d’ancienneté, les salariés bénéficient d’un maintien à 100 % pendant le premier mois, puis à 80 % les deux suivants. Mieux encore, à partir de 5 ans d’ancienneté, ce sont deux mois à 100 % suivis d’un mois à 80 %. Ces garanties se cumulent avec les IJSS.

À l’inverse, d’autres secteurs comme la grande distribution ou l’hôtellerie-restauration prévoient peu ou pas de complément au-delà des 90 jours. Il est donc indispensable de consulter sa convention collective : elle constitue le socle juridique et financier de votre arrêt prolongé.

Quelles démarches pour limiter la perte de salaire en arrêt maladie prolongé ?

Anticiper, informer, mobiliser ses droits

Dès que l’arrêt de travail semble devoir dépasser 3 mois, il faut agir. Voici les démarches à engager :

  • Vérifiez votre contrat de travail et votre convention collective pour connaître vos droits au maintien de salaire.
  • Demandez à votre employeur s’il a souscrit une assurance prévoyance, et quelles sont les modalités de déclenchement.
  • Contactez votre caisse d’Assurance Maladie pour vous assurer que vous remplissez bien les conditions d’éligibilité aux IJSS de longue durée.
  • Envisagez une souscription individuelle à un contrat de prévoyance, notamment si vous êtes non-cadre ou travailleur indépendant.

Une fois la situation installée, il devient plus difficile de retrouver un équilibre. La prévention reste votre meilleure assurance face à une éventuelle dégringolade financière.

FAQ : Vos questions fréquentes sur les arrêts maladie de longue durée

Peut-on cumuler arrêt maladie de plus de 3 mois et allocation chômage ?

Non. Être en arrêt maladie implique une incapacité temporaire de travailler, ce qui est incompatible avec la recherche d’emploi exigée par Pôle emploi. L’inscription peut se faire à la fin de l’arrêt. Toutefois, la durée d’indemnisation est prolongée d’autant de jours que ceux indemnisés au titre de l’arrêt (article 7 du Règlement général de l’Unedic).

Le calcul du chômage est-il affecté par un arrêt maladie ?

Non. Le salaire de référence servant à calculer vos droits au chômage est déterminé sur la base de votre rémunération habituelle hors périodes de maladie. Autrement dit, les jours d’arrêt maladie sont neutralisés : ils ne font ni baisser le montant, ni fausser la moyenne.

Quelles aides supplémentaires peut-on solliciter ?

En cas de perte de revenus importante, vous pouvez vous tourner vers :

  • L’Assurance maladie pour une aide financière exceptionnelle
  • La CAF pour revoir vos droits aux prestations familiales
  • Votre mutuelle, si elle propose des garanties invalidité/arrêt maladie
  • Le service social de votre CPAM, qui peut vous orienter vers des aides adaptées

L’arrêt maladie de plus de 3 mois représente bien plus qu’un épisode médical : c’est un défi financier majeur. Dans un système qui compense partiellement la perte de revenu, il est impératif d’anticiper, d’interroger ses droits, et de se doter, si besoin, de garanties complémentaires. Car si la maladie ne se choisit pas, ses conséquences économiques, elles, peuvent être amorties.

Le Journal des professionnels vous recommande de faire un point complet sur vos protections sociales et prévoyances dès votre entrée en entreprise. C’est là que commence la véritable prévention financière face aux aléas de la vie professionnelle.

richard montand rédacteur en chef

Richard Montand

Richard Montand, rédacteur en chef de Journal des Professionnels, cumule plus de 15 ans d’expérience en ressources humaines et gestion d’entreprise. Passionné par la transmission du savoir, il dirige l’équipe éditoriale avec rigueur et créativité pour offrir des contenus clairs et utiles.