Salaire de Jean-Dominique Senard : combien gagne le patron de Michelin ?

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Jean Daniel

Jean-Dominique Senard

Dans un secteur automobile souvent pointé du doigt pour les rémunérations spectaculaires de ses dirigeants, le salaire de Jean-Dominique Senard fait figure d’exception. Président du groupe Renault depuis 2019 et ex-patron emblématique de Michelin, Senard a toujours privilégié une approche mesurée de sa rémunération. Une posture qui contraste fortement avec les pratiques majoritaires dans les grandes entreprises du CAC 40.

Une rémunération en nette rupture avec le marché

Depuis sa prise de fonction à la tête de Renault, Jean-Dominique Senard perçoit un salaire fixe annuel de 450 000 euros. Contrairement à d’autres dirigeants du secteur, cette somme n’est assortie d’aucune part variable ni d’actions de performance. Le montant a été confirmé pour l’année 2024, sans aucune revalorisation depuis son entrée en fonction.

Ce choix tranche avec les standards du secteur automobile, où les rémunérations combinent salaires fixes, primes de performance et plans d’actions conditionnés. À titre de comparaison, Luca de Meo, directeur général de Renault, touche une rémunération globale qui a atteint plus de 5,5 millions d’euros en 2023, tandis que Carlos Tavares, à la tête de Stellantis, culmine à 36,5 millions d’euros sur la même période.

Des choix personnels tournés vers la sobriété

Jean-Dominique Senard n’a jamais dissimulé sa volonté de modérer sa rémunération. Déjà en 2017, alors qu’il présidait Michelin, il avait demandé à ce que sa rétribution soit revue à la baisse malgré des résultats solides. Son salaire global s’élevait alors à environ 3,8 millions d’euros, somme qu’il jugeait déjà élevée au regard de la situation sociale de l’entreprise.

Interrogé à ce sujet, Senard déclarait : « J’ai souhaité qu’elle soit modérée, parce que les résultats du groupe auraient permis une rémunération plus importante. Je ne l’ai pas acceptée, j’ai demandé qu’elle soit réduite. » Une déclaration rare dans un univers où les dirigeants optent souvent pour la maximisation personnelle de leur compensation.

En se positionnant ainsi, Senard adopte une posture de dirigeant responsable, soucieux d’aligner ses intérêts avec ceux de l’entreprise et des salariés. Cette mesure volontaire reflète une certaine vision de l’éthique managériale, mise en lumière notamment depuis le mouvement des Gilets Jaunes et la montée des revendications sociales autour du pouvoir d’achat.

Lectures contrastées : entre respect des actionnaires et critiques syndicales

Du côté des actionnaires, la modération salariale de Jean-Dominique Senard suscite plutôt le respect. Sa rémunération a été validée sans opposition majeure lors des assemblées générales, tant chez Renault qu’auparavant chez Michelin. Son profil rassurant, sa gestion prudente, et sa communication transparente renforcent l’image d’un président garant de la stabilité du groupe.

En revanche, certains syndicats restent critiques. Ils pointent un décalage entre les sacrifices demandés aux salariés – suppression de postes, gels de salaires, flexibilité accrue – et les rémunérations maintenues voire en hausse dans d’autres strates dirigeantes. Si la posture personnelle de Senard est saluée, elle ne suffit pas toujours à éteindre les tensions latentes au sein de l’entreprise, notamment face aux écarts observés avec le management opérationnel.

Jean-Michel Gilles, représentant syndical, avait exprimé à l’époque de Michelin un doute sur la sincérité globale du dispositif salarial, soulignant que « les salariés ont tout accepté pendant que l’entreprise supprimait des milliers d’emplois ». Ces critiques témoignent d’un malaise persistant entre effort collectif et rétribution individuelle dans de nombreuses entreprises françaises.

Comparaison avec les salaires des autres grands dirigeants

Pour mesurer l’originalité de la position de Jean-Dominique Senard, il convient de replacer sa rémunération dans le contexte plus large de l’automobile européenne. Voici un aperçu comparatif :

DirigeantEntrepriseRémunération annuelleAnnée
Jean-Dominique SenardRenault450 000 €2024
Luca de MeoRenault5,5 M€2023
Carlos TavaresStellantis36,5 M€2023
Makoto UchidaNissan3,4 M€2022

Ce tableau met en évidence des échelles de rémunération fortement différenciées, parfois difficilement justifiables aux yeux du public ou des salariés. Le cas de Senard apparaît ici comme une exception dans un secteur où les montants peuvent dépasser ceux pratiqués dans la finance ou le luxe, secteurs pourtant historiquement associés aux salaires les plus élevés.

Jean-Dominique Senard : un dirigeant proche de ses convictions

Sa carrière le démontre : Jean-Dominique Senard est un dirigeant à contre-courant. À la tête de Michelin, puis de Renault, il a constamment intégré la responsabilité sociale et environnementale dans ses décisions. Ce positionnement s’est traduit par des engagements concrets dans les domaines de la transition énergétique, de l’emploi durable ou encore du dialogue social.

Sa modération salariale s’inscrit dans cette cohérence. Elle n’est pas uniquement symbolique, mais incarne une vision de long terme, où l’autorité ne s’exprime pas en millions gagnés, mais dans la capacité à entraîner les équipes, à convaincre les investisseurs et à faire preuve d’exemplarité.

Peu d’homologues peuvent aujourd’hui revendiquer un tel alignement entre discours et pratique. Dans un contexte où la défiance envers les élites économiques reste vive, l’exemple de Jean-Dominique Senard pourrait bien préfigurer un changement de modèle dans la gouvernance des grands groupes français.

Dans un monde de plus en plus sensible aux injustices économiques, le salaire de Jean-Dominique Senard incarne un choix de rupture, entre valeurs personnelles et stratégie d’entreprise. À contre-courant des envolées de rémunérations dans le secteur automobile, il pose les bases d’un autre leadership : sobre, solidaire et stratégique. Un cas d’école dans une industrie en quête de sens.

FAQ

Jean-Dominique Senard perçoit-il un bonus de performance chez Renault ?

Non. Sa rémunération chez Renault se compose uniquement d’un salaire fixe annuel de 450 000 euros, sans variables ni actions de performance.

Pourquoi sa rémunération est-elle aussi basse comparée à d’autres dirigeants ?

Jean-Dominique Senard a volontairement refusé des propositions de rémunération plus élevées, estimant qu’il devait donner l’exemple dans un contexte social et économique tendu.

Quel était son salaire chez Michelin ?

En tant que président de Michelin, Senard percevait une rémunération totale d’environ 3,8 millions d’euros en 2017, incluant fixe, primes et avantages.

Les actionnaires sont-ils favorables à cette modération salariale ?

Oui, les actionnaires de Renault comme de Michelin ont validé sans difficulté sa rémunération, saluant la cohérence entre sa stratégie et son style de gestion.

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Jean Daniel

Jean Daniel, rédacteur sur Journal des Professionnels, met à profit ses 20 ans d’expérience en RH, orientation et formation pour accompagner les professionnels dans leurs choix de carrière et leur évolution. Spécialiste de l’orientation et de la réorientation, il propose des analyses pratiques et accessibles sur les stratégies de développement des compétences et les meilleures méthodes d’accompagnement professionnel.